Le futur de la langue française [Was: Re: [EGD-discu] point médian vs. point d’hyphénation]

[ Thread Index | Date Index | More ergodis.org/discussions Archives ]


Le jeudi 1 juillet 2021, 04:52:34 CEST Arathor a écrit :
> Le Wed, 30 Jun 2021 23:16:26 +0200, Alexandre Garreau
> 
> <galex-713@xxxxxxxxxxxx> a écrit :
> > Vous en dites quoi ?
> 
> J’en dis que dans les faits, l’écriture inclusive, ça revient à
> créer un genre neutre :
> 
> masculin : ami
> féminin : amie
> neutre : ami.e

Oui, mais qu’à l’écrit, comme ça a justement été remarqué.  C’est une 
norme typographique pour éviter « grands et grandes » à l’écrit, ou pour 
ne pas avoir à décider entre « amies et amis » à l’écrit (étant donné que 
l’oral est déjà épicène).

> Sauf que le point, c’est un signe de ponctuation interprété par le
> cerveau (par le mien, en tout cas) comme la fin d’une phrase,
> donc /a fortiori/ la fin d’un mot. Et ça, c’est valable que le
> point soit placé en bas (ami.e) par rapport à la ligne, vers le
> milieu (ami·e ami•e) ou bien plus vers le haut (ami‧e).

Intéressant, pourtant on nous signale que dans pas mal de langues c’est 
différent.  Qui plus est le point médian est un caractère *totalement 
différent* du point.  Le fait qu’il en partage l’œil ne change rien : la 
virgule et l’apostrophe courbe partage leur œil, et un guillemet anglais 
(ou français de second niveau) fermant partage son œil avec deux 
apostrophes courbes, n’empêche qu’ya aucun rapport entre tout ça u.u

> Utiliser un signe de ponctuation, c’est une manière complètement
> stupide de créer un genre neutre.

Ce n’est neutre qu’à l’écrit, et c’est une norme typographique comme il y 
en a des tas d’autres.  Depuis avant ma naissance, l’administration 
utilise des parenthèses « ami(e) », ce qui est *largement* plus lourd, 
notamment que la parenthèse est *indubitablement* un séparateur de mot (vu 
qu’on peut mettre une phrase à l’intérieur.  Ce n’est donc en soit qu’une 
amélioration typographique moderne, rien de plus.

> Que ça soit le point, le tiret,
> le slash, et j’ai même vu l’apostrophe parfois… au secours. Et
> c’est pas la peine d’ergoter comme le gars dans le lien que tu
> donnes : un point reste un point… peu importe le caractère
> typographique utilisé.

Alors non, l’apostrophe, en français, n’est pas forément un séparateur de 
mot.  « aujourd’hui » est un seul mot (et à une époque j’utilisais un 
guillemet différent pour ça, le droit je crois, ou alors je faisais 
l’inverse).  On pourrait arguer que c’est deux mots, sauf que « hui » 
n’est plus utilisé (et du coup ce serait une redondance, du même acabis 
que « aux jour d’aujourd’hui »), que c’est écrit en un seul mot, etc. mais 
ya des paquets d’autres exemples, car l’apostrophe est universellement un 
symbole *d’élision*, que ce soit inter- ou intraverbale, comme dans : 
p’tit, mam’zelle, l’aut’, j’te f’rai pas dire, etc. (et là on ne peut 
arguer que « p », « tit », « mam », « zelle », « f », « rai », sont des 
mots).

Pourtant j’ai jamais vu l’apostrophe utilisé pour féminiser les textes en 
français, il est tout juste utilisé comme séparateur de racine dans les 
vieux textes en espéranto… sauf que de nos jours on y préfère le point 
médian ! plus discret justement !

> Le truc sensé qu’il faudrait faire, c’est repasser le masculin
> comme genre neutre

+1, mais ça, ça demanderait d’abord un glissement sémantique, et donc un 
travail de changement *d’usage* et ce *à l’oral*.  Ya des moments, coins, 
certains quartiers, où dans certaines tranches d’âge, c’est déjà 
relativement commun d’utiliser un « neutre simple » (la « forme simple » à 
la place du « masculin “commun” » donc, pour exprimer le neutre, masculin 
comme féminin) ainsi, et on peut s’en assurer en voyant des personnes de 
sexe *et genre* féminin, à l’expression de genre féminine, s’identifiant 
publiquement comme meufs, qui employent des adjectifs dans leur forme 
simple (« au masculin » dirait-on d’un point de vue extérieur).  Toutefois 
j’ai pas l’impression que cet usage est stable, à long terme ou même 
systématique (ya certains mots, les plus communs, qui sont plus souvent 
utilisés ainsi, alors que des mots plus rares ou connotés qui se déclinent 
toujours au féminin).

C’est visible *très lentement* dans le reste des sociolectes familiers via 
certains adjectifs qui ne se déclinent *plus*, comme « con » (c’est 
maintenant très commun d’entendre des meufs dire « chuis con », alors que 
les plus anciens le remarqueront autrefois on disait « chuis conne », et à 
présent cette nouvelle forme passe pour une erreur).

En fait globalement la seule solution c’est d’*attendre*, sachant que ce 
changement ne peut être véritablement confirmé de façon sûre que par la 
quantité de meufs n’utilisant plus un genre grammatical féminin pour 
parler d’elles-mêmes.

> (ce qu’il était avant la création du genre
> féminin, cf. une vidéo de Linguisticae sur le sujet),

on a les mêmes réfs, tmtc

> et créer un
> nouveau genre masculin.

Non pas nécessairement.  Cette complexification demanderait un minimum de 
créativité, or les trucs nouveaux, à moins d’être vraiment perçus comme 
particulièrement utiles (ils le sont dans certaines minorités LGBT ou 
féministes radicales, où l’on crée *effectivement* de nouveaux accords et 
terminaisons à l’oral, mais la langue étant sociale, au final en dehors de 
quelques petits cercles fermés (et pas systématiquement) c’est jamais 
utilisé), sont acceptés très difficilement dans la langue, surtout s’ils se 
manifestent fréquemment.

Or, s’ya une plus en plus grande recherche de « genre neutre », c’est bien 
parce que maintenant que ça fait bientôt plus d’une génération entière 
(les dernières a avoir vécu autrement seront probablement bientôt toutes 
mortes de vieillesse si la pandémie les a pas encore tuées) que les femmes 
ont le droit à un compte bancaire, du travail sans permission, de 
l’acquisition matérielle aussi facile que pour les hommes, etc. (le droit 
de vote en dernier jdirai parce que dans la vie de tous les jours ça 
change rien), le mode de vie est à peu près similaire sur tellement de 
points que faire la distinction entre les deux n’est plus perçu comme ni 
utile, ni « en vallant la peine » (vu que la plupart des interactions 
entre des individus n’ont désormais plus de rapport avec leur genre, mais 
plutôt avec le travail, les études, etc. etc. et que ce qui ressort de la 
pratique de l’hétérosexualité ou de l’homosexualité (séduction etc.), de 
l’enfantement, etc. ne concernent que des moments assez occasionnels dans 
la vie en comparaison).

C’est d’autant plus le cas que c’est régulièrement perçu comme re-validant 
les biais et discriminations sexistes, désormais plus pernicieuses, 
existant encore largement dans la société.  Et pour ce qui reste de moins 
percinieux : la croissante prévalence de la bisexualité assumée (et pour 
l’asexualité ça vient aussi mais c’est plus timide) chez les générations 
les plus récentes (cf. pièce jointe), et l’acceptation grandissante de ne 
pas faire de l’hétérosexualité une norme « dure » (malgré qu’elle soit 
encore majoritaire), fait que *même* dans les situations où c’était le 
plus utile de faire la distinction on recherche assez fort désormais à ne 
plus la faire (là encore, tout particulièrement chez les plus jeunes).

Enfin, l’écrit, même pour sa valeur purement sémantique, voit son 
importance augmenter de plus en plus à l’oral.  Il y a maintenant beaucoup 
beaucoup de gens dont la majorité des interactions sociales se font à 
l’écrit (surtout par chat, messagerie, sms, etc. parce que c’est plus 
léger, rapide, pratique, asynchrone, qu’on peut rechercher dedans, relire 
(et retrouver une info) plus vite, lire en diagonale, que ça s’archive, 
qu’on peut voir quand l’autre a dit un truc, qu’on peut écrire en même 
temps, qu’on se coupe pas, qu’on peut poursuivre plusieurs conversations 
en même temps, et, fait rarement évoqué : on lit plus vite qu’on parle (à 
l’heure actuelle la lecture visuelle, même pour les lecteurs lents, est le 
moyen d’acquisition d’information le plus rapide dont dispose l’être 
humain)). Ça, ça n’était jamais arrivé avant dans l’histoire de 
l’humanité.  L’alphabétisation n’avait jamais été aussi haute, ni aussi 
prévalente.  Dans ces conditions, je doute *un peu* que l’oral garde la 
même primauté sémantique et psychologique qu’autrefois linguistiquement 
parlant…

Ce phénomène, très rapide et mondial, peut facilement s’observer par le 
développement des normes typographiques et de la richesse sémantique de 
leur utilisation, des smileys (à base de ponctuation) et emojis (unicode), 
et dans les « dialectes » qui n’étaient qu’autrefois oraux.  Par exemple 
désormais la plupart des langues arabes, au moins maghrébines, s’écrivent 
avec l’alphabet latin comme système d’écriture (parce que plus riches 
vocaliquement que l’arabe (qui gardait sa niche écolinguistique élevée et 
n’avait jamais cherché ou permis de les transcrire)), et ce de façon 
totalement ad-hoc (genre en utilisant les chiffres comme lettres quand 
ceux-ci rappellent certaines lettres arabes qui manquent), plutôt que 
d’ajouter de créer de nouvelles lettres diacritiquées en latin (comme 
Fauve l’a fait [2]) ou arabe.  Et ça arrive que parce qu’ya un besoin, 
très soudain, rapide, de remplacer des canaux ancestralement oraux par des 
écrits, et que ça va si vite que personne n’invente de système d’écriture 
et que, les utilisateurs n’ayant qu’un clavier qwerty ascii… ça montre 
bien la très très très forte pression de l’écrit sur les liens personnels, 
autrefois oraux !

Donc, dans ma tête, voilà ce qui va se passer[1] : l’usage du neutre 
simple va continuer de vaciller et osciller timidement pour certains 
jeunes, certains adjectifs, dans certains sociolectes, dans certains 
quartiers, en augmentant timidement.  Pendant ce temps, la 
« féminisation » ou « dégenrage » (c’est comme ça qu’on disait à mon 
époque dans le milieu militant) ou « écriture inclusive » (c’est comme ça 
que les médias l’ont appelé), déjà depuis longtemps utilisée dans les 
milieux militants féministes, déjà — depuis récemment — largement adoptée 
par les médias (sans être sanctionnée par l’Académie, ou, beaucoup plus 
puissant : l’Éduc’ nat.), vont se répandre de plus en plus dans la 
population, d’abord dans les classes supérieures touts âges confondus sauf 
les vieux, puis les populaires, surtout les plus jeunes, qui, au fur et à 
mesure que leur réseau social personnel s’étendra de façon de plus en plus 
importante (notamment pour des raisons professionnelles) dans la société 
active, finiront par faire que cet usage, pour la plupart des locuteur, 
sera utilisé par la plupart des locuteurs à qui ils parlent (noter qu’ya 
*deux fois* « plus part », donc suffit que ce soit « toujours les mêmes » et 
qu’yait surreprésentation pour que cet effet se montre)…

À partir de là, il sera tellement évident (parce qu’actuellement ça l’est 
pas du tout, surtout pour les moins jeunes) qu’il y a une volonté sérieuse 
de ne pas genrer en français de par son locutorat (quel mot sinon ?) que 
des usages oraux alternatifs se répandront plus facilement, et passeront 
de « vacillants, conditionnel, inconscients et non-assumés, parfois » à 
« systématiques et volontaires, un peu partout ».  Et là on aura un genre 
neutre.  Mais ça va mettre un moment.

> Ça assurerait la compatibilité
> ascendante avec les vieux textes, puisque leur utilisation du
> masculin par défaut

Les plus vieux textes utilisent le masculin par défaut parce que jusqu’à 
récemment (un demi-siècle ? un siècle ?) il était exceptionnel de 
rencontrer des femmes dans bcp de sphères de la société officiellement, et 
surtout à un grand nombre de postes, fonctions, etc.

Le masculin véhicule donc un vrai sens, que dans bcp de vieux textes, 
quand on a du masculin pluriel… c’est effectivement du masculin pluriel, et 
il n’y a que des mecs.

Un jour, on relira les textes anciens en croyant qu’yavait moit’moit’ de 
mecs et de meufs, alors que non pas du tout, et ce sera une curiosité 
historique qu’on sortira comme anecdote documentaire et pour laquelle il 
faudra aller checker des sources parce que « nooooon… quand même pas ! ce 
serait trop gros ! :o on dirait un complot »

> correspondrait au nouveau genre neutre, et ça
> éviterait d’allemagniser/scandinaver (des mots à rallonge, quoi)
> le français avec des mots comme instituteurice.

S’ils font comme ça c’est ptet parce qu’on a les mêmes problématiques et 
qu’on pense pareil avec des solutions similaires pour des problèmes 
similaires…  En revanche, le français, comme langue latine, et 
contrairement à bcp d’autres langues indoeuropéennes (à part l’anglais), 
en virant la fin des mots (genre tout ce qui venait après l’accent tonique) 
a acquis cette qualité très utile que *beaucoup* de mots sont épicènes à 
l’oral, et quand c’est pas le cas c’est à peine une consonne qui change.

À partir de là, le français du futur et du passé, quel que soit le 
changement, devraient rester largement intercompréhensibles (et je 
soupçonne que les changements appliqueront plus de régularité que 
l’inverse).

> Surtout que c’est
> de toutes façons généralisable avec tous les suffixes (genre -if
> -ive ça donne quoi, objectifive ? euh franchement, beurk)

C’est une question de goût, en fonction de l’âge on s’y habitue plus ou 
moins vite, plus ou moins facilement.  Moi même j’ai parfois un peu de mal 
et chuis surpris de remarquer qu’à 14 ans les ados de maintenant ont quasi 
aucun mal avec des trucs comme ça.

> Sauf que pour ça, il aurait fallu que les militants qui ont pondu
> cette idée se soit penchés sur la science (la linguistique) qui
> étudie le domaine qu’ils veulent modifier (la langue).

Non.  L’objet d’une science précède cette dernière.  Les langues évoluent 
naturellement, et pas besoin de linguistique pour ça.  Quand l’espéranto a 
été inventé, la linguistique n’existait pas, par exemple.  Ça n’a pas 
empêcher que ça devienne une langue vivante, et qu’à peine quelques années 
après sa création on aie déjà des natifs, avec des intuitions 
linguistiques valides, cohérentes, etc.  Ça n’a pas empêché ce qui avait 
été créé d’être — à postériori — étudié par les premiers linguistes (dont, 
pour le plus grand contributeur, le frère (comme par hasard !) de 
l’inventeur de la linguistique lui-même, Saussure), pour découvrir que ce 
qui avait été créé suivait effectivement une logique, des règles, mais pas 
celles que l’on croyait (l’inventeur pensait concevoir un système 
dérivatif, comme les langues indo-européennes, alors que c’était un 
système isolant, comme les langues extrême-orientales).

Donc non, pas besoin de linguistique pour modifier/créer, juste pour 
étudier, comprendre, et prévoir.

Sans science, on fait quand même des trucs, ça a quand même des effets, le 
monde continue de tourner.  La pesanteur continue de s’appliquer sans 
science physique, qui ne modifie pas les lois mais ne fait que décrire.

C’est totalement possible de bidouiller n’importe comment pour obtenir des 
résultats par tâtonnement, ça s’appelle de l’empirisme, c’est inné chez 
l’être humain, et la seule chose qui sépare ça de « recréer de la science 
par soi-même » c’est la mise par écrit et la revue internationale par les 
pairs (et d’autres broutilles philosophiques genre le matérialisme et des 
conséquences de celui-ci comme le réalisme, la parcimonie, le 
rationalisme, etc.).

> Mais ils
> ont estimé que c’était pas nécessaire, voir pire ça leur a même
> pas traversé l’esprit, parce qu’à leurs yeux la légitimité pour
> proposer quelque chose, ça découle pas de compétences techniques,
> ça découle du fait « d’être concerné par le sujet ».

Mais les compétences techniques, elles viennent pas du ciel.  Si on prend 
une approche scientifique par exemple (et pas exclusivement) pour les 
créer, le savoir vient de l’expérience, donc l’observation.  Donc, si je 
résume, pour connaître quelque chose il faut… être concerné par le sujet !

Parce qu’à partir du moment où on est concerné, on peut observer les 
résultats de ce qu’on fait, émettre un jugement dessus, développer des 
modèles, faire des expériences, évaluer les résultats, et recommencer par 
tâtonnement.

C’est le propre de l’empirisme.  Pour savoir, faut regarder, et tester.  
C’est comme ça que se développent les compétences techniques.  En fait 
« être concerné » et « avoir des compétence », c’est intrinsèquement lié.  
On peut pas avoir des compétences sur qqchose qu’on est incapable 
d’observer, d’expérimenter… sauf à se les faire transmettre par quelqu’un 
dont c’est le cas !  si c’est fait par écrit, de façon collective, 
débattue avec des arguments logiques, ça s’appelle de la science.

Le résultat de ça, c’est que tu n’es pas moins concerné par l’évolution de 
la langue française que n’importe qui d’autre, vu que tu en es un locuteur 
actif !

Par contre j’imagine que si on orientait la discussion sur l’usage du 
français au maghreb ou l’accent québecquois, avoir étudié la linguistique 
ne te ferait pas prétendre avoir plus de compétences que « quelqu’un de 
concerné »… surtout étant donné que le travail des sciences humaines, 
linguistique comprise, consiste à se documenter auprès des « personnes 
concernés » : un linguiste qui veut développer des compétences techniques 
sur le jovial va d’abord aller voir un locuteur de celui-ci, ou alors lire 
ce qu’un collègue a écrit en faisant précisément ça (sachant que plus on 
ajoute d’intermédiaires et moins c’est fiable, la bonne science requérant 
autant de reproductibilité que possible).

Notons également que les compétences techniques genre scientifiques ne 
permettent *que* de prédire, expliquer, etc. bref : décrire.  Pas 
prescrire.  Les objectifs politiques, eux, ne demandent de compétences 
techniques que pour être menés à bien.  Si tu veux manger un gâteau au 
chocolat demain, des compétences techniques en cuisine te seront utiles 
pour en réaliser un, pas pour juger de si tu veux vraiment du chocolat et 
pas plutôt de la fraise qui est moins chère en ce moment depuis que le 
développement économique de la chine a permis aux urbains est-asiatiques 
de… enfin bref u.u

> Et quand les
> militants concernés par le sujet sont incompétents,

ie. absence de pression sélection (c’est clairement pas le cas ici)

> ils proposent
> n’importe quoi.

ie. dérive génétique (mémétique, ici)

Ça pourrait arriver, si c’était vraiment « n’importe quoi », que la dérive 
était purement aléatoire, alors on aurait un résultat neutre, et yaurait 
rien à dire.

Sauf que non, ya des objectifs, des pressions, des sélections, des 
préférences, des contraintes, et c’est le balancement selon le sentiment 
de tout un chacun qui modèle les choix individuels, qui influencent l’usage 
collectif et l’évolution à long terme

> Ensuite, tous les autres militants suivent, parce
> que l’affichage politique compte plus à leurs yeux que proposer
> quelque chose qui a du sens techniquement.

C’est précisément comme ça que fonctionnent les modes, les mèmes, les 
rumeurs, les contes, les traditions orales, les idées politiques, les 
façons de parler, les… oh wait, l’usage de la langue lui-même :o

> Et voilà comment ils se mettent à promouvoir de la merde.

Ça c’est un jugement de valeur, sauf que « merde », c’est subjectif.  Là 
on parle de qqchose d’immatériel et de social.  Pour être plus objectif, 
il faudrait mieux qualifier ça, dire que c’est plus fatiguant, ou moins 
apprécié, etc. par telle ou telle frange de la population, en telle 
proportion, etc.

> Donc inévitablement, les mesures qu’ils proposent se retrouvent
> confrontées à une levée de bouclier.

Non mais en fait toutes les mesures, sans exceptions, surtout quand elles 
sont nouvelles, lourdes, demandent un apprentissage, une habituation, etc. 
se confrontent à des levées de bouclier.   Le français lui-même :

– dans les processus de colonisation (sinon toutes les ex-colonies 
parleraient totalement français) ;
– dans les processus d’annexion (sinon ça fait longtemps que le breton 
serait éteint, et il *resterait* éteint).

Mais aussi dans l’autre sens, par exemple avec l’impérialisme (ya encore 
souvent une résistance à l’anglais, ça saoule, etc. et l’anglais s’impose 
pas partout, et pas en remplacement du français, comme c’est le cas chez 
les voisins germaniques), ou l’espéranto (qui lui aussi reçoit toujours 
une très forte opposition à chaque fois qu’on le propose (bizarrement sans 
le comparer à l’anglais, ce qui montre que c’est bien un truc irrationnel 
et pas une démarche réfléchie)).

Si une levée de bouclier était un signe de quoi que ce soit, faudrait en 
conclure que le français c’est de la merde, l’anglais c’est de la merde, 
l’espéranto c’est de la merde… et en fait, tout est de la merde :o la vie 
c’est de la merde !

Wait, sauf que si on s’intéresse aux processus biologiques et à leur 
ancienneté, chaque être vivant provient en effet de la merde des êtres 
vivants antérieurs :o c’est beau !

> Et là, ils te sortent la
> carte magique pour parer toute critique et couper court au
> débat : « si t’es pas d’accord avec mon truc, c’est parce t’es
> réactionnaire, consciemment ou non ». Ce qui, en fait, résume
> l’histoire de la gauche depuis deux siècles… mais je m’égare.

En effet ça résume bien, mais n’explique pas grand chose :)

> Même le militant de ton lien admet que ça marche pas :
> 
> « C’est que pour votre appareil, la puce (•) est un marqueur de
> séparation de mot. Cela signifie que pour la majorité des
> logiciels, “tou•te•s” n’est pas un mot mais trois. Et
> franchement, avec un marqueur aussi présent graphiquement, pour
> mon cerveau aussi ça demande un petit effort d’en voir un seul.
> S’il y a trois mots et non un seul, cela implique que je ne
> pourrai jamais faire apprendre “tou•te•s” à mon dictionnaire, et
> que mon appareil me l’indiquera donc toujours comme une erreur.
> Et qu’une personne ayant une déficience visuelle (ou qui utilise
> la synthèse vocale pour lire ses articles en conduisant son vélo)
> aura une vocalisation du type “tou teuh èsse”, ce qui va rendre
> mon texte particulièrement complexe à déchiffrer. »
> 
> « Pour rappel, ce petit pas d’incarnation de l’égalité de genre
> dans la langue écrite n’a pas vocation à être utilisé
> systématiquement : n’oubliez pas que les formulations épicènes
> telles que “personnes” ou “élèves”, ou encore l’infinitif,
> seront toujours plus lisibles et simples que “participant‧e‧s”. »
> 
> Ben oui, gros malin, c’est moins lisible parce que mettre de la
> ponctuation au milieu des mots, ça fait bugger le cerveau.

Ben t’énerves pas alors, tu vois bien que vous êtes d’accord u.u

La principale différence vient d’un tradeoff différent : cette personne 
(comme beaucoup d’autres) sont prêtes à sacrifier un peu de lisibilité, si 
ça permet de simplifier le sens et de mieux se faire comprendre.

Beaucoup de gens ne sont pas encore prêts à dire « participant » pour une 
meuf seule, par exemple, et ça fait buguer *encore plus* de dire 
« participant » puis de voir une meuf *pour l’instant* u.u

> La première fois que j’ai entendu parler de l’écriture inclusive,
> ça devait être vers 2003 ou 2004, et ça s’appelait l’écriture
> féminisée.

AH VOILÀ CHUIS PAS FOU ON DISAIT PAS COMME ÇA AVANT

merci !!!!

> Donc c’est vraiment formidable, il leur faut environ
> 20 ans pour passer de « tiens on va proposer de modifier la
> langue sans prendre la peine d’étudier ce que la linguistique
> nous indiquerait de faire »

la linguistique, qui est une science, ne peut pas indiquer de faire 
quelque chose, hors contexte

la linguistique, qui est une science, en revanche, montre que l’écriture 
féminisée permet de rappeler aux gens qu’ya des meufs dans le lot, ce 
qu’autrement ils oublient [2]

> (càd créer correctement un genre
> neutre, pas coller de la ponctuation au milieu des mots comme des
> gros ignorants)

la linguistique, qui est une science, n’a pas encore fait d’étude 
similaires pour comparer la compréhension que les gens ont des phrases 
quand elles sont faites dans des langues sans genre (comme l’anglais ou le 
turc), dans des langues avec (français), et ce à la forme simple ou 
féminisée.

En revanche on rappelle souvent que le turc est une langue qui ne possède 
aucun genre, pas même pour les pronoms, pas même pour différencier « papa / 
maman », et que malgré ça c’est un pays où on jette régulièrement de 
l’acide à la gueule des meufs « pour des raisons d’honneur ».

Autrefois, je pensais que la féminisation était surtout utile pour marquer 
un camp politique, une opposition au sexisme, une volonté d’avoir une 
langue plus neutre (comme le turc, comme ce que tu proposes) ; depuis les 
dernières études scientifiques, je commences désormais à penser que peut-
être que l’écriture féminisée a des conséquences positives peut-être 
justement car plus lourde et peut-être davantage que les langues neutres.

Mais bon, sur le principe, je préfèrerais une langue plus simple  quand 
même (comme la majorité des personnes qui promeuvent l’« écriture 
inclusive », en réalité, et qui font comme ça uniquement parce que bcp de 
gens vont juste comprendre du masculin si elles font comme ça, et que ça 
crée pas de rupture ni de visibilité)

> à la réalisation qu’en fait, leur truc marche pas.
> 
> A.

Non, il faut 20 ans pour qu’un truc passe du milieu militant à l’usage 
massif par les médias.  Le « leur truc marche pas », on le disait déjà ya 
20 ans, et on le dit toujours exactement pareil maintenant, pour les mêmes 
raisons.  C’est pas qu’il a fallu 20 ans, c’est que les contraintes sont 
les mêmes.

En attendant, sisi, ça marche, ça s’emploie couramment, on se comprend 
quand même, et si tu lis ça c’est que t’as survécu à ses quelques emplois 
dans ce mail.  Parce que, « malheureusement », dans la vraie vie réelle, 
*tout* marche, même « la merde » (sinon le javascript et à fortifi node.js 
et le fullstack n’existeraient pas (sisi ça marche, c’est juste atroce et 
les limbes, voire le tartare, y sont préférables))

[1] pitié pitié que qqun a la réf, faites que c’est pas *que* moi qui vit 
encore en 2011…
[2] https://www.bunkerd.fr/ecriture-inclusive/

Attachment: EbwulnjX0AAyUf0.jpeg
Description: JPEG image



Mail converted by MHonArc 2.6.19+ http://listengine.tuxfamily.org/